Le combat ne fait que commencer

Publié le par sauvons-la-maternite-2011

La toute dernière mais la plus dure des étapes. Non du fait de sa longueur, de l'ordre de 25 km, tout compris, depuis le camping du Bois de Boulogne jusqu'au ministère de la santé, puis à la mairie de Paris, au kilomètre 0 des cartes routières sur le parvis de Notre-Dame, au siège national du PS, rue de Solférino, et retour au camping, dans la nuit, feu du vélo éteint faute de pile de rechange adéquate...

La plus dure plutôt par la densité et l'intensité des moments vécus. Des images, pèle-mêle, me reviennent en mémoire à l'heure du repos et du sentiment du devoir accompli...
 
Celle d'un nombre impressionnant de journalistes m'attendant devant le Secretariat d'Etat à la santé, des questions qui fusaient de toute part avant que je ne sois reçu. Comme à la télé !
 
Celle des mêmes qui ont patienté une heure et demie pour recueillir nos sentiments à l'issue d'une rencontre dense et, je le crois, constructive. Jean-Louis Boissonnade pour le collectif varois de defense de l'accès aux soins, Arthur Paecht, Philippe Mignoni et moi, pour les trois principales sensibilités politiques siégeant au conseil municipal, avons pu plaider longuement et avancer nombre d'arguments relevant de notre vision d'une approche d'aménagement d'un territoire républicain permettant que soit assuré à chaque concitoyen, quelle que soit sa situation sociale, économique, culturelle et de localisation géographique, le même accès aux droits fondamentaux qui lui sont dus par une Nation démocratique, dont la santé, comme l'éducation, le logement, ou la sécurité.
 
Celle des coups d'oeil complices que nous quatre nous jetions lorsque l'un d'entre nous semblait avoir marqué un point en dégainant tel argument justement et habilement avancé au bon moment, et lorsque nous avons pu obtenir, non une assurance de maintien de notre maternité que nous n'attendions pas de cette rencontre, mais la certitude, pas gagnée d'avance, que la table ronde proposée par le ministre ne serait pas une simple explication de texte d'une décision irrévocable, mais un travail à engager, plaçant les élus, porteurs des aspirations de leurs populations, à leurs justes places, avec la possibilité d'avancer un argumentaire qui ne se limiterait pas à des explications de technique médicale ou d'équilibre budgétaire. Rien que ça, quelle que soit l'issue des travaux qu'il ne faudra pas tarder à engager, est déjà un petit camouflet pour les technocrates de l'Agence Régionale de la Santé. Et je compte bien transformer l'essai en exigeant que les travaux soient placés sous la conduite du Préfet du Var, seul interlocuteur de l'Etat digne de ce nom, et non sous celle de la direction de l'ARS. C'est une question politique qui va être traitée. Pas un sujet de marchands de tapis. Grand merci, en tous cas, à Jean-Louis, Philippe et Arthur, d'avoir rempli avec brio leur mission !

Autres images...
 
Celle de l'accueil chaleureux reçu à la mairie de Paris de la part d'Anne Hidalgo, première adjointe (PS), et de Catherine Vieu-Charier, conseillère de Paris (PCF). Des toutes petites mairies au prestigieux Hôtel de Ville de Paris, ça aura été partout la même gentillesse, les mêmes propos d'encouragement (et, il faut le dire, sans que les chevilles ne gonflent trop... la même admiration expimée), les mêmes échanges, tant l'enjeu de notre maternité de l'Ouest Toulonnais fait écho aux enjeux d'autres services publics, notamment hospitaliers, en danger de mort.
 
Celle de la foule massée sur le parvis de Notre-Dame, où élus, dont ceux du Plessis-Pâté qui nous avaient accueillis chez eux et avaient fait le déplacement, militants politiques, syndicaux, associatifs, citoyens engagés ou non, sont venus à notre rencontre, ont écouté nos propos, ont eux-mêmes pris le micro pour dire, unanimement, combien notre combat est le leur, sur le moindre bout du territoire de notre République.

Celle de la réception organisée pour nous au siège du Parti socialiste, rue de Solférino, où je mettais les pieds pour la première fois, accueillis avec chaleur par Harlem Desir, premier secrétaire par intérim, qui m'a demandé de participer à une table ronde au cours de l'Université d'été du PS à La Rochelle sur le thème... des services publics...
 
Celles, reçues sur mon téléphone portable, des photos du rassemblement organisé à La Seyne, sur le parc de la Navale tandis que nous étions regroupés devant Notre-Dame-de-Paris, et des visages de mes coéquipiers pendant que je dialoguais en duplex avec nos amis seynois, n'entendant que mon propos et tentant de deviner ce que ceux rassemblés à La Seyne me disaient dans l'écouteur.
 
Et d'autres...
 
Celle de ces policiers déterminés à appeler le service de déminage lorsqu'ils ont découvert nos vélos aux sacoches gonflées garés devant Notre-Dame... et nous ont glissé à l'oreille... "bravo pour votre maternité"...

Celle de ces maudites cloches de Notre-Dame appelant aux vêpres qui n'ont cessé de sonner à pleine volée. Était-ce pour nous accueillir ou pour rendre inaudibles les témoignages qui se sont succédés au micro ?

Celle de ces femmes de "Ni putes ni soumises" qui m'ont dit combien elles ont trouvé fort que ça ait été un homme qui prenne cette initiative pour sauver une maternité et un centre d'IVG, de cette petite dame porteuse d'un message de l'association "Résistants d'Hier et d'Aujourd'hui" qui m'a convié à une journée nationale en septembre à Avignon et à porter témoignage de notre combat, en mai prochain, au rassemblement du Plateau des Glières, de ces médecins de l' Hôtel-Dieu en danger qui comptent sur ma présence à Paris à l'automne pour un rassemblement des collectifs de défense des services de soins, de ces Seynois venus à Paris, dont ces employées municipales figurant une grossesse, un ballon de baudruche sous leurs tee-shirts. Et tant d'autres moments fugitifs dans le tourbillon d'une journée incroyable.
 
Ce soir, ça tourne un peu dans nos têtes. Quoique fourbus, mes coéquipiers et moi avons un peu de mal à mettre un terme à la soirée autour de la table de camping. Pierre et Catherine sont partis. Nous nous séparons tous demain. Je pressens la boule dans nos bides après un tel vécu commun.
 
Mais demain sera un autre jour. Chapeau bas à toutes celles et tous ceux qui, ici ou à La Seyne, et tout au long de notre périple, ont accompagné avec enthousiasme et détermination la lutte pour cette juste cause.
 
D'ailleurs, il y aura d'autres rendez-vous. Le combat ne fait que commencer.

 

 

Lire la lettre de Marc Vuillemot adresséé  le 6 septembre à Xavier Bertrand, ministre du Travail, de l'Emploi et de la Santé

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